Mémoires d'une geisha

"Mémoires d'une geisha" de Yuki Inoué
Poche - 279 pages - 8.08 euros
Note : 06/10
Résumé :
Née en 1892, vendue à l'âge de huit ans, Kinu Yamaguchi fera l'apprentissage du dur métier de geisha. C'est un peu l'envers du décor qu'elle raconte : avant de porter le kimono de soie, il lui
faudra vivre un apprentissage rigoureux, étudier tous les arts de divertissement et endurer pour cela privations, exercices physiques traumatisants, soumission aux coups sous les ordres de la "
Mère " et des " grandes soeurs ". Après son initiation sexuelle, elle s'enfuira, puis reviendra vivre dans le " quartier réservé " avant de devenir elle-même patronne d'une maison de geishas.
Récit bouleversant, description édifiante de la vie de tous les jours dans l'intimité d'une okiya, avec ses cérémonies, ses coutumes, ses fêtes et ses jeux. On y entend des histoires de plaisirs,
de chagrins, de courage aussi, qui éclairent sous un jour nouveau ce monde fermé sur lequel l'Occident ne cesse de s'illusionner.
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Agée de plus de 80 ans, Kuni Yamagishi se souvient.
Elle se souvient de son vrai prénom : Kuni, celui que ses parents lui ont donné à sa naissance, puis du prénom qu'elle a porté depuis qu'elle est devenue geisha : Suzumi.
Elle se souvient de son père qui buvait beaucoup trop. Et de sa mère qui travaillait dure. De son frère et de sa soeur, tous les deux plus jeunes qu'elle.
En 1899, à l'âge de 8 ans, elle est vendue à l'okiya Fukuya. Vendue pour être geisha.
Cinq ans plus tard, ce sera au tour de Sato sa jeune soeur, vendue également à la même okiya.
Pour parfaire son éducation, Kuni se rend à l'école afin d'y acquérir des connaissances en calcul et en lecture.
Mais le métier de geisha exige également d'autres connaissances, telles que le chant, la danse, la couture, la musique.
Petite fille à l'okiya, elle faisait comme toutes les autres petites filles de la maison, le ménage, mais aussi les multiples courses que réclamaient les geishas.
Elle y rencontrera Tatsukichi, une geisha d'une quarantaine d'années, pas particulièrement belle, mais doté d'un franc parlé et exceptionnellement douée pour les arts. Elle se prendra d'affection
pour Kuni, la prendra sous son aile, l'emmènera partout avec elle et lui proposera de l'aider à accélérer sa formation pour entrer dans le monde des geishas.
Et pendant trois années, Kuni ne cessera de travailler et de s'améliorer.
En février 1904, la guerre russo-japonaise va bouleverser la vie de tout le monde, mais aussi la petite vie tranquille du quartier des plaisirs.
Une fois la guerre terminée, la vie reprend son cours et vient le jour des 15 ans de Kuni. C'est le temps de son misu-age. Elle doit perdre sa virginité. La tradition veut que ce soit avec un
homme beaucoup plus âgée que la jeune geisha, un homme choisi par "la mère" de l'okiya. Et une virginité est parfois vendue très chère.
Quelques années plus tard, Kuni souffrant de sinusite, accepte de se faire "opérer". Elle souffrira à la suite de cette opération d'une paralysie faciale durant 1 an.
Refusant de se laisser abattre et d'être mise de côté, Kuni mettra à profit tout ce temps pour se perfectionner dans les arts, notamment la danse, le shamishen et le tambour afin de retrouver sa
place de geisha parmi les autres.
Loin du roman édulcoré, voir acidulé "Geisha" de Christopher Golden, celui ci nous révèle une autre facette de la vie des geishas que j'avais déjà pu lire dans "Ma vie de Geisha" de Mineko
Iwasaki (je vous recommande fortement les deux, qui sont les deux faces d'une même histoire).
Dans la majorité des cas, lorsque les gens pensent "geisha", ils pensent "prostitué". C'est un amalgame très fréquent. Or, les geishas n'étaient et non sont toujours pas, des
prostitués.
Ces femmes avaient des formations artistiques et intellectuelles qui leur permettaient d'accompagner et/ou de passer la soirée avec des hommes (bien souvent des chefs d'entreprises) de passage
dans la ville. Ou bien encore des habitués.
Lorsqu'une geisha avait des relations sexuelles, c'était de son propre choix.
La plupart du temps, elle avait "un protecteur", un homme plus vieux, relativement riche et qui pourvoyait à ses besoins.
Je ne pense pas qu'il s'agisse non plus de "prostituée de luxe". C'est autre chose, mais je ne sais pas comment l'appeler.
Or dans ce roman, l'auteur, ne s'entoure pas de fioritures, il nous décrit le quotidien des geishas du début du siècle, les difficultés financières et le fait qu'effectivement, si elles voulaient
pouvoir avoir un peu d'argent pour rembourser leurs dettes auprès de leur okiya, elles devaient parfois, voir souvent, coucher avec le client.
L'histoire du Japon est également évoquée dans ce livre. Ce qui est intéressant pour bien situer le contexte, les moeurs de l'époque, l'évolution, la vie en somme, mais il y a parfois
quelques longueurs.
J'ai aimé les quelques photos que l'on rencontre au fil du livre.
J'ai aimé la force de Kuni, qui ne se plaint pas, qui accepte ce destin car il fait partie de sa culture. Ho certes, elle n'est pas heureuse de se voir vendue, elle souffre et vit des moments
très difficiles, mais l'auteur n'en a pas fait une geignarde, une pleurnicheuse. Mais une femme. Avec ses forces et ses faiblesses.
Un roman que j'ai bien aimé. Mais pour être tout à fait honnête, je n'ai pas "adoré". Ce n'est pas le meilleur que j'ai lu dans le genre. Il y a comme je le disais plus haut, les livres qui
penchent pour le côté glamour et coloré des geishas comme le livre de Golden ou bien les livres qui racontent avec honnêteté leur vie. Et en ce sens, celui de Mineko Iwasaki est bien meilleur que
celui ci.
Un roman qui allie les deux et que je trouve vraiment magnifique, c'est "Le miroir des courtisanes" de Sawako Ariyoshi.