L'araignée sur l'épaule

"L'araignée sur l'épaule" de Carmen Richard
Broché - 264 pages - 18 euros
Note : 08/10
Quatrième de couverture :
Abandonnée par sa mère naturelle, confiée à une première puis à une deuxième famille, Carmen devient le jouet sexuel de ses parents nourriciers.
Aveuglement ou indifférence ?
L'assistante sociale laisse faire, le directeur de l'école ignore, la justice enterre...
Pour se défendre et exprimer sa douleur, Carmen n'a que deux armes, la violence et ses "personnages secrets" : elle fait venir tour à tour dans sa tête la "petite pute", qui subit les viols à sa place, le "garçon", qui se bat contre les autres, la "petite fille", qui conserve douceur et humanité dans ce monde invivable.
Ce sont leurs voix de souffrance, d'acceptation et de révolte que Carmen nous fait entendre.
Au-delà du témoignage impitoyable, elle nous donne un texte écrit à vif, d'une rare authenticité intellectuelle et d'une lucidité impressionnante.
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C'est une copine qui m'a offert ce livre.
C'est une copine qui l'a écrit. Sous pseudonyme.
La vérité c'est qu'elle me l'a offert en 2006, alors que nous étions en formation professionnelle ensemble pour deux ans.
Deux ans à se voir épisodiquement.
A se marrer comme des baleines en cours de droit.
A perturber les cours, comme disent les profs.
Sauf que là, les autres personnes présentes et la prof de droit se marraient bien avec nous. C'était bon enfant.
Je connaissais un peu de son passé. Elle connaissait un peu du mien.
Mais c'était un peu comme si un accord tacite était là et que nous n'allions pas plus loin.
Aussi, je savais à peu près de quoi parlait son livre.
A peu près.....
Je n'ai pas osé le lire avant. Quelque chose en moi s'y opposait.
Je viens de le terminer et de prendre une sacrée claque.
On sait tous qu'il se passe des choses horribles derrières certaines portes.
Que les enfants de la DDASS ne sont pas toujours dans des familles aimantes.
Mais le voir là, écrit noir sur blanc, quand on connaît la personne, la réalité à une tout autre dimension et la merde est encore plus noire !
Mes grands parents paternels étaient famille d'accueil pour la DDASS. J'ai toujours vu beaucoup de monde chez eux. Et pas de différence entre les enfants de "sang" et les "autres". D'ailleurs pour simplifier les choses, j'ai souvent présenté les plus jeunes comme mes cousins. Je le pensais.
Et les plus âgés étaient là bien avant ma naissance, ils ont toujours été pour moi des oncles et des tantes.
Mais tout n'est pas toujours comme ça. Malheureusement.
Les tortures physiques et psychologiques qu'a dû subir Carmen me donnent envie de vomir.
L'horreur est présente à chaque page. La tristesse, la douleur, la colère sont des sentiments qui ne m'ont pas quitté tout au long de ma lecture.
Des phrases chocs déjà entendus plus ou moins sous cette forme rouvrent des blessures.
Comment peut on dire qu'un viol répété est un viol consenti ?
Je suis sans pitié et sans pardon pour ce genre de personne.
J'appliquerais sans hésiter la loi du Talion.
J'ai tout de même souris à la lecture de certains passages.
Surtout un. Durant les cours, Carmen et moi parlions souvent d'un chanteur que nous aimons beaucoup.
Et quelle surprise de le croiser dans ces pages écrites bien des années avant !
Johnny Hallyday est loin de penser à tout ce qu'il a pu apporter comme bien à une pauvre petite fille.
J'ai connu Carmen plus âgée que lorsqu'elle a écrit ce livre.
Elle est devenue une femme charmante, marrante, jolie comme un coeur, sportive, attentive, à l'écoute des autres.
Carmen est bourrée d'humour.
Et Carmen est devenue une maman pleine d'amour pour sa petite fille.
Une maman avec un coeur énorme.
Et je voulais aussi te dire "Carmen", que tu as réalisé au moins deux de tes rêves d'enfant : écrire un livre et avoir une moto et un super casque pour filer comme le vent.
Je ne dirais que des choses bien sortent de telles horreurs, je ne le pense pas. Pas du tout.
Mais ce que je peux dire, c'est qu'une femme bien est sortie de toutes ces horreurs.
Malgré toutes ces horreurs.