Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
06 Apr

La couleur des sentiments

Publié par hydromielle  - Catégories :  #Lectures étrangères

la couleur des sentiments

 

"La couleur des sentiments" de Kathryn Stockett

 

Broché - 525 pages - 23,80 euros

 

Note : 09/10

 

Quatrième de couverture :

 

Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée. Mais Skeeter, la fille des Phelan, n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même lui laisser un mot. Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié ; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.

 

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

 

Jackson, Mississippi.

Là vivent les familles blanches bourgeoises qui emploient des bonnes et des ouvriers noirs.

C'est là que vivent Aibileen, Minny, Lou May et bien d'autres femmes encore, toutes au service d'une  "Ma'am" blanche.

Si c'est le "Mister" qui a l'argent, c'est toujours la "Ma'am" qui règne sur la maison, qui délègue à la bonne et qui a pratiquement le droit de vie et de mort sur elle.

 

Un seul mot de la part d'une femme blanche et la bonne noire ne trouve plus de travail dans la ville, ne peut plus nourrir sa famille. Voir même se retrouve en prison.

 

Mais personne ne songerait à faire changer les choses.

Après tout, c'est comme ça depuis toujours. Ou presque.

Il y a bien une ou deux fortes têtes, mais c'est toujours la "Ma'am" qui gagne.

Le pot de fer contre le pot de terre.

 

Eugenia Phelan (Miss Skeeter) revient à Jackson après 4 années passées à la fac.

Lorsqu'elle arrive chez elle, elle reçoit un premier choc. Constantine, la bonne de la famille, la femme qui l'a élevé n'est plus là et personne ne veut lui dire ce qui est arrivé. Pourquoi est-elle partie ? Que s'est-il passé ? Où est-elle ?

 

Et puis Eugenia regarde un peu autour d'elle. Ses amies sont toutes mariées, ont des enfants. Et des bonnes.

Des bonnes qu'elles ne traitent pas forcément bien.

Et cette situation ne lui plait pas trop à Miss Skeeter.

Non pas qu'elle se sente l'âme d'une révolutionnaire. Mais elle aimerait tout même faire avancer un peu les choses.

Cette séparation noir / blanc que l'on impose lui pèse de plus en plus.

 

Elle aime la liberté Miss Skeeter. La sienne et aussi celle des autres.

Elle veut devenir journaliste, écrivain. Elle veut l'indépendance.

 

Quand elle est embauchée pour écrire une rubrique sur comment tenir son ménage dans le journal de la ville, c'est tout naturellement qu'elle se tourne vers une des bonnes de ses amies. Qui d'autre pourrait l'aider ? Elle n'y connait rien elle. Chez elle, elle n'a jamais eu à rien faire.

Mais en faisant ça, en discutant avec la bonne d'une autre, Miss Skeeter prend de plus en plus conscience du fossé entre noir et blanc.

 

Lui vient alors l'idée d'un livre. Un livre qui parlerait des bonnes et de leurs patronnes.

Un livre sur la vérité.

Mais comment écrire une telle chose.

Pour commencer qui accepterait de parler ? Personne. Les retombées seraient catastrophiques pour les bonnes.

Quant aux patronnes, elles n'auraient rien à dire. Après tout elles embauchent des femmes qu'elles paient pour travailler, alors où est le problème ?

 

 

MON AVIS :

 

Jackson - Mississippi. Sans doute l'un des Etats les plus ségrégationniste des Etats Unis.

Encore aujourd'hui les noirs n'y sont pas traités à égalité par tout le monde.

Si l'esclavage est aboli, la distinction noir / blanc est toujours là.

 

Ce livre n'est pas là pour critiquer les noirs ou les blancs.

Il n'y a pas les gentils noirs d'un côté et les méchants blancs de l'autre.

C'est plutôt un mélange des deux. Une façon juste, claire et simple de raconter les choses telles qu'elles étaient.

Des gentils et des méchants il y en a des deux côtés.

 

Bien évidemment on se sent prendre partie pour l'un ou l'autre côté.

Mais à moins de n'avoir pas de coeur et de sentiments, c'est forcé.

 

Plus d'une fois je me suis sentie mal à la lecture de ce roman.

Mal dans mes baskets, mal de lire ce que pourtant, je sais déjà.

Mais j'ai également souris et rigolé de certaines situations, certaines réflexions.

 

Ces femmes sont magistrales.

Les personnages créés par Kathryn Stockett sont hauts en couleurs. Ils sont magnifiques, plein de force, de détermination.

Elle a creusé très profondément pour leur donner une épaisseur et une vie.

Plus d'une fois je me suis surprise à me dire qu'il s'agissait d'une histoire vraie, que ces femmes avaient vraiment existées. Je ne suis pas bien loin de la vérité. Si celles du roman sont fictives, des centaines, des milliers d'autres ont été à leur place.

 

On pourrait croire que les blanches de l'histoire sont les plus chanceuses car après tout, ce sont elles les patronnes. Elles ont l'argent, la belle vie, une maison, un mari, elles ne travaillent pas, passent leur journée à jouer aux cartes, à aller à la piscine, faire un tennis, papoter et prendre le thé, faire les boutiques ou s'occuper d'un club de brigde ou d'un comité quelconque....... et pourtant.

 

Pourtant elles sont enfermées. Enfermées dans des cages pas toujours dorées.

 

Miss Hilly étant la pire de toute ! Cette femme a l'esprit étroit est méchante comme pas possible. Sous ses sourires mielleux, elle déteste les noirs. Si elle paie sa bonne c'est bien parce qu'elle est obligée, mais on sent bien qu'au fond d'elle, un noir est un esclave. Une quantité négligeable. Cette femme est comme une maladie. Un virus qui se répend.

 

Miss Leefolt elle, n'est pas bien fine. Une cervelle de piaf et bien peu de personnalité.

Et le peu de personnalité qu'elle possède n'est pas la plus jolie qu'elle aurait pu avoir.

Cette pauvre fille n'a aucun caractère, elle ne sait pas prendre de décision et attend toujours que sa grande amie Hilly lui dise quoi faire. Qu'elle décide pour elle. Sa propre fille est quantité négligeable. Je pense que c'est uniquement parce qu'elle n'aime s'occuper que d'elle.

 

Miss Celia m'a beaucoup touché.

Cette femme est profondément blessée (pour une raison que l'on apprendra sur le tard).

Elle parait un peu folle, mais finalement son comportement trouve une explication logique dans les évènements. Son naturel, sa façon de voir les choses sont tellement différentes de celles des autres femmes de Jackson que pour le coup, c'est la bonne qui met des barrières.

Certes Miss Celia est un peu "barrée", mais je dirais qu'elle est juste un peu fofolle, qu'elle fait ce qu'elle veut sans se soucier des autres en fait.

Si ce n'est pour se faire des amies. Miss Celia est rejettée par toutes les femmes de Jackson et cette situation la blesse énormément. Elle fait peine à lire lorsqu'elle écoute la tonalité du téléphone juste pour être certaine qu'il fonctionne si jamais quelqu'un veut lui passer un coup de fil.

Elle traite sa bonne presque à égalité. Elle a beaucoup de sympathie pour elle. Et Minny sous ses airs bravaches éprouve pour Miss Celia de l'affection, même si pour rien au monde elle ne l'avouera.

La relation de Miss Celia avec son mari est très touchante également. Voilà un vrai couple. Un couple qui s'aime. Pas un de ses couples de façade que l'on croise dans les soirées de la ville où il fait bon se montrer, montrer son argent. Non, eux ils s'aiment pour ce qu'ils sont vraiment.

 

Et il y a Skeeter. Skeeter qui sans trop savoir où elle va au départ, se retrouve à la tête d'une sorte de révolution.

La pauvre est affublée d'une mère assez spéciale, qui n'a qu'une idée en tête, critiquer sa fille qu'elle trouve moche et réussir à la mariée grâce à son compte épargne. Elle est étrange cette femme. Ses idées sont radicalement à l'opposé de celles de sa fille, mais petit à petit certaines choses changent. Elle ouvre un peu les yeux (ho pas beaucoup, mais quand même un peu) et soutient sa fille dans certaines situations. Mais jamais elle ne saura la vérité sur ce qu'a lancé Skeeter. Elle n'y survivrait pas je pense. Et ça, sa fille l'a bien compris.

 

Le personnage de Skeeter est, pour moi, le plus complexe.

Cette jeune femme veut changer les choses, mais certaines lui semblent tout de même normales. Pour elle il s'agit de la vie de tous les jours. C'est à mesure que son livre avance, que les témoignages affluent qu'elle change elle aussi.

 

Les 3 personnages principaux du livre, Aibileen, Minny et Miss Skeeter évoluent à mesure que l'on avance dans la lecture. Toutes les trois, mêmes si elles sont d'accord sur les grandes idées, sont au départ chacune bien ancrées dans leurs habitudes. Et puis elles ouvrent les yeux sur le monde, sur la vie des autres.

Le soutien et l'amitié assez particulière qui se nouent entre elles sont extraordinaires.

Ce n'est pas une amitié comme les autres. Pas comme Aibileen et Minny ou Skeeter et Hilly au départ. C'est plutôt une amitié emprunte de beaucoup de respect.

 

Dans "La couleur des sentiments" il n'est pas uniquement question des mauvaises patronnes qui traitent leur bonne comme des esclaves, qui leur interdit de partager leur WC, qui parlent devant elles comme si elles n'existaient pas.

Il y est également question de patronnes qui aiment leur bonne, qui leur verse un bon salaire, leur offre des congés payés, règle la facture de l'université pour leurs enfants, s'adressent à elles avec respect.

 

Et les bonnes ne sont pas non plus toujours des femmes effacées, calmes et gentilles.

Certaines savent l'ouvrir. Se rebiffer. Se faire entendre. Malheureusement elles le paient très cher.

Elles élèvent les enfants des blanches comme si c'étaient les leurs, elles leurs donnent tellement d'amour........

 

Si certaines ont peur de leur patronne d'autres non et vivent presque sereinement. Elles sont traitées normalement.

Certaines de ces femmes sont tellement conditionnées que s'en est effrayant.

Lorsque les patronnes sont trop gentilles, ce sont elles qui mettent les barrières.

Depuis qu'elles sont toutes petites, leur mère leurs apprennent comment se comporter avec la femme blanche. Ne pas faire pipi dans les mêmes toilettes, ne jamais s'asseoir à la même table, manger seule dans la cuisine. Avoir son assiette, son verre et ses couverts rangés à part car il ne faut surtout jamais les mélanger, ne pas parler de soit, toujours dire "oui ma'am"..... ces comportements font tellement parties de leurs vies que pour elles c'est normal. Elles apprennent ça de mère en fille. Et sont choquées si la patronne leur adresse un sourire.

 

Si j'ai souris parfois, j'ai également eu les larmes aux yeux. La boule au ventre.

Parce que ce n'est pas de la fiction, c'est la vraie vie.

Raconter de telle façon que ça fait mal.

 

L'auteur a réussi un très très bon roman. Elle ne clash ni les uns ni les autres, je pense qu'elle a réussi à rester impartiale tout en relatant des faits.

 

Son écriture est forte, son histoire est forte. Il n'y a pas de temps morts ni de longueurs. Tout y est à sa place.

Le sujet très sensible est parfaitement bien traité je trouve, sans nuance, sans complaisance, ni d'un côté ni de l'autre.

 

Et toujours revient l'amour, l'affection, l'amitié. Parce que malgré tout, au delà des couleurs, des positions sociales, il y a ces sentiments pour lesquels ces femmes, toutes, se battent.

 

Ce roman sera sans aucun doute l'un de mes coups de coeur de l'année.

Il est vraiment excellent.

 

Si j'ai un reproche à faire à l'auteur, c'est sur la fin. Elle est trop abrupte, trop raide.

J'aurais aimé en savoir un peu plus sur le futur de ces 3 femmes exceptionnelles. Que vont-elles devenir ?

Resteront-elles en contact ?

 

Et puis il y a ce prénom : Aibileen. Il sonne si bien. Il est si doux.

Tout comme ce roman il restera dans ma mémoire.

 

Alors allez-y, succombez, plongez dans ce livre et offrez vous un vrai moment de bonne lecture.

 

 

 

Commenter cet article

Valérie:) 10/04/2011 17:15



en cours de lecture, mais comme c'est un pavé :) mon billet ne sera pas pour tout de suite !



hydromielle 10/04/2011 21:45



Reviens me donner ton avis alors



Messaline 10/04/2011 01:01



Tu as écrit beaucoup sur ce livre.


Je n'ai pas lu ton avis pour ne pas être influencée, car je suis encore dedans, au chapitre 20 (j'ai un peu de mal à lire en ce moment !).


En tous cas, j'y reviendrai clairement après l'avoir lu.



hydromielle 10/04/2011 13:56



J'attends ton avis avec impatience



Choupynette 08/04/2011 14:42



J'ai vraiment beaucoup aimé cette lecture! un livre qu'on ne peut plus lâcher! j'aime les nuances, la complexité des personnages, y compris ceux qui sont les plus antipathiques. un grand coup de
coeur!



hydromielle 08/04/2011 20:34



Tout bien dit



Ankya 06/04/2011 21:30



Je l'ai lu celui-là :) J'ai adoré ! On ne voit pas passer son grand nombre de pages tellement c'est bien et bien écrit. youpi !



hydromielle 07/04/2011 10:55



C'est vrai que les pages défilent à la vitesse grand V



DeL 06/04/2011 20:40



Bon, il est temps que je le sorte de ma PAL au vu de tous les avis enthousiastes !



hydromielle 07/04/2011 10:54



Oui oui, il est vraiment très bon



Archives

À propos